1950-1960 : sauver et valoriser le patrimoine moderniste

L’architecture moderniste/fonctionnaliste des années 50 et 60 est encore aujourd’hui méconnue et parfois dépréciée. Et pourtant, cette période d’après-guerre est riche de réalisations magnifiques reconnues par les spécialistes. Beaucoup d’architectes fameux de cette période sont, en outre, issus de l’école ixelloise de La Cambre. En proposant des classements, en refusant des permis d’urbanisme destructeurs, en soutenant l’édition de livres, en organisant des visites guidées, la Commune d’Ixelles veut mieux protéger ce patrimoine, le faire connaitre et apprécier du grand public.

Destruction par ignorance

On ne respecte pas toujours le patrimoine qu’on ne connait pas. Nombreux sont les immeubles modernistes qui ont subi des transformations intérieures désastreuses, parfois avec la complicité à l’époque des autorités communales. On pense à Ixelles à l’immeuble Abrahams rue Belle-Vue 18 dont il ne reste que la façade, tout l’intérieur dessiné par l’architecte Jacqmain et le designer Jules Wabbes ayant été détruits (permis d’urbanisme octroyé en 2015).

Moins spectaculaire mais tout aussi désolant, les immeubles totalement dénaturés par d’abominables châssis en PVC. La Commune a dressé procès verbal contre le remplacement sans autorisation des fenêtres du premier étage du n°4 de l’avenue Jeanne, réalisé en 1949 par l’architecte Claude Laurens. Le bâtiment était pourtant repris à l’inventaire du patrimoine. Les autorités ont bien entendu exigé la remise dans son état d’origine. Notons qu’il est tout à fait possible d’isoler son immeuble en posant du double vitrage tout en respectant les divisions, la nature et l’épaisseur des châssis d’origine. Par ailleurs, le PVC est très mauvais pour l’environnement et pour la qualité de l’air à l’intérieur des habitations.

Arrêter les mauvais projets à temps

En 2019 et 2020, la Commission de concertation d’Ixelles a rendu des avis sévères sur des projets qui visaient à totalement dénaturer les façades du n°45 de la rue Brillat-Savarin de l’architecte Paul-Amaury Michel (1960) et du n°179 av. Huysmans réalisé en 1955 par Henri Montois (et ses fameux panneaux colorés de l’artiste Marc Mendelson).

avenue Huysmans 179

Trois immeubles remarquables qui méritent le classement

Afin de protéger les bâtiments les plus exceptionnels, la Commune d’Ixelles a introduit des demandes de classement pour trois d’entre-eux : avenue Huysmans 196 et 198 et rue de Belle-vue 2.

La Maison Rombaut-Deplus, avenue Armand Huysmans 196

Maison très originale, dessinée en 1959 par le grand architecte moderniste belge André Jacqmain (1921-2014). Jacqmain est l’auteur (seul ou en collaboration) d’immeubles remarquables comme la bibliothèque des Sciences à Louvain-la-Neuve ou le siège de Glaverbel à Watermael-Boitsfort. Il a aussi réalisé des demeures particulières prestigieuses dont la Villa Urvater à Rhode ou la maison du sculpteur Strebelle à Uccle.

Pour cette maison parfaitement conservée, il s’est associé au non moins célèbre designer Jules Wabbse (1919-1974). Wabbse est connu pour son mobilier original de style international et ses aménagements d’intérieur typiques des années 50 à 70 pour des clients aussi prestigieux que le Département d’Etat des USA, la Sabena, le Théâtre National, le Crédit communal ou la Société générale.

Magnifique mélange de matériaux : le bois, l’acier et la brique. Des balcons triangulaires asymétriques, des lignes brisées, des châssis de fenêtre admirablement conservés, le soin des détails… dont le magnifique numéro « 196 ».

Avenue Armand Huysmans 198

Dessiné en 1952 par le duo d’architectes Henri Montois et Robert Courtois, il s’agit d’un des tout premiers immeubles à appartements du quartier Boondael. Henri Montois y résida avec sa famille. On retiendra la coupe étonnante (3 duplex emboités sur 4 niveaux), la porte de garage en bois à poulie et ses hublots ainsi que les châssis en métal pivotants sur un axe central.

Rue de Belle-Vue 2

Un immeuble élégant de béton, métal et bois dessiné par l’architecte Lucien-Jacques Baucher. Curiosité : la grille-sculpture a été conçue par l’artiste hongrois de renommée mondiale Victor Vasarely. Placée dans le jardinet à l’avant, la grille crée une intimité pour la loge du concierge.

Un livre sur Stanislas Jacinski

Encore deux voisins exceptionnels puisque l’immeuble mitoyen de gauche, dit « le tonneau », avenue Général de Gaulle 51 (architectes Stanislas Jasinski et Jean-Florian Collin, 1938) est classé depuis 2007. La Commune d’Ixelles contribue à la rédaction d’un ouvrage piloté par les Archives d’Architecture Moderne (sortie 2023).

rue du Pesage 40

Restauration de l’mmeuble de style moderniste, architecte Remy Van der Looven, 1958. Un grand tableau de céramique représentant un cheval surplombe la porte. Les balcons seront reconstitués. Détail amusant : la poignée de porte représentant un cheval. La thématique équestre est influencée par la présence au bout de la rue de l’Hippodrome de Boitsfort.

Un peu de lecture :

  • « Montois Partners: Selected and Current Works », Images Publishing Group, juillet 2006
  • Amanti Lund I., Cohen M., « L-J Baucher, J-P Blondel, O. Filipone : 3 architectes modernistes », Faculté d’architecture La Cambre, Bruxelles, 2011

photos Huysmans et Pesage (c) Yves Rouyet

Photo Belle-Vue (c) Stéphane Larose

photo fenètre pivotante (c) monument.heritage.brussels

Dessin « Tonneau » (c) Archives communales d’Ixelles

coupe Huysmans 198 (c) La Maison, novembre 1956

Merci à Georges Binder, Maurizio Cohen et Stéphane Larose pour les découvertes et les infos précieuses

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